Al Kalam

YATHRIB AVANT L'ISLAM

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Introduction

Médine est pour les musulmans une cité sacrée au même titre que La Mecque. Selon la tradition islamique, le Prophète aurait choisi l’oasis comme lieu de son émigration : c’est la hijra, qui marque une étape importante dans le développement de la nouvelle religion. Cette histoire est bien connue, même si de nombreux points restent à éclaircir. Ce qui va nous intéresser dans cet article, c’est l’histoire de Médine avant l’islam. On parlera désormais de « Yathrib », le nom antique sous lequel était connue l’oasis. On notera à ce propos que l’orthographe de ce nom semble incertaine. Les sources arabes évoquent Athrib, Athârib ou Yathrib, et les sources préislamiques fournissent d’autres variantes encore (voir la discussion ci-dessous). C’est à une époque plus tardive que le nom de Médine (en arabe « al-Madinah ») s’imposa. Selon la tradition islamique, ce nom serait le diminutif du toponyme Madînat al-nabî (« la ville du Prophète ») dont on garda par habitude que le premier terme. Cette explication sur l’étymologie du nom parait peu probable1 et nous verrons plus loin que d’autres hypothèses doivent être explorées.

Au-delà du problème étymologique posé par le(s) nom(s) de Yathrib/Médine, plusieurs questions peuvent se poser : existe-t-il des sources préislamiques qui mentionnent la localité ? Que sait-on de l’histoire de Yathrib avant l’islam ? Qui étaient ses habitants ? Sur quoi reposait son économie ? etc. Le présent article apportera des éléments de réponse à ces interrogations.

Des sources préislamiques ?

Contrairement à La Mecque, dont le nom n’apparait dans aucune source antérieure à l’islam2, Yathrib apparait dans plusieurs documents préislamiques. L’un de ces documents est une inscription du dernier roi babylonien Nabonide datant du 6e siècle avant notre ère. L’inscription, découverte à Harrân, en Haute-Mésopotamie, mentionne une liste de localités parcourues par le souverain babylonien, dans laquelle figure le nom de « Iatribu ». Nous lisons :

[…] Mais moi, je me suis retiré loin de ma ville de Babylone, (sur) la route de Témâ, Dadânu, Padaku[a], ibra, Iadiu, et jusqu’à Iatribu ; pendant dix ans je vécus parmi eux, et vers ma ville de Babylone je ne retournai pas…3

Si le toponyme de « Iatribu » correspond bien à Yathrib, on aurait affaire ici à la plus ancienne mention de l’oasis, qui, si l’on en croit l’inscription, aurait fait partie des conquêtes de Nabonide. Toutefois, Alfred-Louis de Prémare a raison de rappeler que « le nom YTRB a été porté par d’autres localités dans la Péninsule »4. Il rajoute que le nom mentionné dans l’inscription « nous fait penser plutôt à une aire d’oasis situées dans le Nord de la Péninsule arabe, lieu d’expédition du roi Nabonide avant son retour en Mésopotamie pour y reconstruire, à Harrân, le temple du Dieu-Lune. On ne peut franchir aisément le pas pour affirmer qu’il s’agissait de la localité dont il sera question douze siècles plus tard, lors des débuts de l’islam »5.

Une autre inscription fait référence de manière bien plus certaine à Yathrib. Il s’agit d’une inscription datant du 3e siècle avant notre ère découverte à Qarnâ, la capitale du royaume minéen, qui se trouve au nord de l’actuel Yémen. Elle mentionne deux femmes originaires d’une localité appelée « Yatribu »6. On peut citer également le géographe grec Ptolémée (m. ~ 168), auteur d’une cartographie de l’Arabie antique, qui mentionne le toponyme « Lathrippa » (λαθριππα), que les historiens identifient traditionnellement à Yathrib/Médine. Plus intéressante encore est l’inscription sud-arabique Murayghân 3, écrite vers 550, quelques décennies avant la naissance de Muhammad. L’inscription est rédigée par (ou au nom de) Abraha, le souverain yéménite d’origine éthiopienne, qui avait lancé, vers le milieu du 6e siècle, une série d’expéditions en Arabie centrale. Dans ce texte, Abraha célèbre les victoires qu’il a remportées contre plusieurs cités, parmi lesquelles apparait une nouvelle fois le nom de Yathrib :

le roi Abraha Zybmn, roi de Saba’, de Dhû-Raydân, de Ḫ aḍ ramawt et de Yamnat, et de ses Arabes du Haut-Pays et du Littoral, a écrit cette inscription quand il est revenu du Pays de Maʿadd, […] et s’empara de tous les Arabes de Maʿadd, Halgar-et-Khatt, Tayy, Yathrib et Guzâ7.

Enfin, on ne peut qu’être frappé par la place marginale qu’occupent, dans le Coran, les cités de La Mecque et Yathrib, dont les noms n’apparaissent qu’une seule fois. Yathrib est mentionné de manière nominative dans la sourate 33, « Les coalisés », qui évoque clairement un contexte militaire. Il y est question des « Gens de Yathrib » à qui il est fait le reproche d’être rentrés dans leurs demeures au lieu de livrer bataille. Nous lisons en effet : « Un groupe d’entre eux demande au Prophète la permission de partir en disant: ‘‘Nos demeures sont sans protection’’, alors qu’elles ne l’étaient pas: ils ne voulaient que s’enfuir » (33 : 13). Le Coran ne fournit aucun détail concernant l’événement dont il est question (les exégètes évoquent généralement la bataille de la Tranchée), et il semble que l’on ait affaire ici à « la marque d’un rédacteur ultérieur »8. Au surplus, d’autres versets évoquent « al-Madinah », mais il est parfois difficile de déterminer si le terme est un nom propre qui renvoie effectivement à Médine, ou un nom commun qui désigne « la ville » d’une façon générale.

Population et économie

Sur l’histoire de Yathrib avant l’islam, nous savons très peu de choses. Les inscriptions que nous avons mentionnées nous fournissent de trop maigres informations, et nous sommes, pour l‘essentiel, entièrement tributaires des sources islamiques plus tardives. Si l’on en croit ces dernières, l’oasis été habitée par une dizaine de tribus, parmi lesquelles se trouvaient des juifs et des polythéistes. On peut parler à ce titre de population mixte. Les polythéistes de Yathrib étaient rattachés à deux ensembles tribaux, les Aws et les Khazraj, qui étaient les véritables maitres de la ville.

S’agissant des tribus juives, elles auraient été au nombre de trois : les Banû al-Nadîr, les Banû Qurayza et les Banû Qaynuqâ. De prime abord, plusieurs questions se posent : s’agit-il de juifs exilés ou d’Arabes convertis ? Pratiquaient-ils un judaïsme « orthodoxe » ou bien faisaient-ils partie d’un courant minoritaires ? Haggai Mazuz a tenté de répondre à cette dernière question dans un livre intitulé The Religious and Spiritual Life of the Jews of Medina. En passant en revue les sources musulmanes, il conclut que « les juifs de Médine étaient des juifs talmudistes-rabbiniques à presque tous les niveaux »9. Cependant, la conclusion de l’auteur ne résiste pas à un examen critique. Celui-ci, en effet, prend trop facilement pour argent comptant les sources qu’il utilise, sans véritablement s’interroger sur leur fiabilité historique. Or, comme le rappelle Ilkka Lindstedt, ces sources sont « peu fiables et inutilisables pour étudier la question de la nature religieuse et de l’identité des juifs de Médine »10. La difficulté est donc d’autant plus grande que toutes nos informations proviennent exclusivement du corpus islamique.

À ce titre, il est frappant qu’aucune source juive ou chrétienne ne fasse mention des juifs de Yathrib. Encore plus frappant est le fait que ces derniers n’aient laissé derrière eux aucune trace, en dépit des importantes richesses que leur prêtent les sources islamiques. Robert Hoyland note, circonspect, que « l’on n’a pas encore découvert une source inscription indubitablement juive à La Mecque, Yathrib ou Khaybar, en dépit d’un nombre important de fouilles épigraphiques conduites sur ces trois sites »11. Faut-il en conclure qu’il n’y avait pas de juifs à Yathrib à l’époque du Prophète et même antérieurement ? Dans ce cas, il faudrait se demander quel intérêt avaient les historiographes musulmans à imaginer des tribus juives à Yathrib et à fabriquer de toute pièce des récits les concernant. Une hypothèse plausible est que ces récits procèdent d’une historicisation du Coran, l’objectif étant d’offrir un contexte – en l’occurrence fictif – aux polémiques du texte coranique contre les juifs 12. Cependant, il n’est nul besoin de pousser le bouchon du scepticisme aussi loin. L’absence de preuve est rarement une preuve de l’absence, et l’on voit mal comment les historiographes musulmans auraient pu écrire tant de lignes sur les juifs de Médine sans a minima un noyau historique, fût-il de la taille d’un grain de sable. Au total, malgré le silence – certes troublant – des sources, il nous parait très probable, et cohérent avec les données récoltées à d’autres endroits de la péninsule arabe, que l’oasis de Yathrib fût habitée par des tribus juives.

Une chose parait en tout cas certaine, ces populations vivaient de façon dispersée au sein d’ilots d’habitation isolés les uns des autres. En effet, Yathrib n’est pas une « ville » à proprement parler, mais un ensemble de petits groupements plus ou moins espacés. La plupart de ces groupements étaient habités par quelques dizaines d’habitants, et la population de l’oasis n’excédait pas un millier d’habitants 13. Leurs habitations étaient probablement faites à partir de roches volcaniques nombreuses dans la région. En plus des maisons traditionnelles, il y avait un système de fortification composé de tours de gardes appelées âtâm (pluriel : utum). Le savant et journaliste médinois Abd al-Quddus al-Ansari (m. 1983) dit avoir photographié plusieurs bâtiments qui remonteraient au passé préislamique de Yathrib. En l’absence de fouilles archéologiques, il est cependant difficile de déterminer si ces vestiges sont aussi anciens. Comme l’écrit Geoffrey R. D. King :

Le problème de l’archéologie à Yathrib/Médine est identique à celui de La Mecque. La Médine centrale a subi une reconstruction massive au cours des dernières années, la Mosquée du Prophète et ses environs ayant été reconstruits et étendus. De nombreux vestiges archéologiques de surface, quels qu’ils aient été, auront été éradiqués en conséquence. Les efforts d’un collègue saoudien pour enregistrer la stratigraphie (exposée à la suite de travaux routiers ou d’excavations pour des travaux de construction) ont échoué en raison de restrictions14.

King souligne également l’absence de mur autour de Yathrib, qui témoigne selon lui de la situation politique de l’oasis qui manquait d’une autorité centrale susceptible de localiser d’infrastructures de grande envergure.

L’économie de Yathrib reposait principalement sur la culture de dattes, ce qui n’a rien de surprenant pour une oasis. On affirme qu’il se trouvait également plusieurs mines d’or et d’argent dans les environs de Yathrib, notamment sur l’antique site de Maʿdin Banī Sulaym – aujourd’hui Mahd al-Dhahab. Selon la tradition islamique, la tribu juive des Banû al-Nadîr comptait trois cents mineurs qui vivaient de l’exploitation de ces mines à l’époque du Prophète15. Cependant, les données archéologiques ne s’accordent pas avec la chronologie fournie par les traditionnistes musulmans. Les archéologues ont pu ainsi démontrer que la mine de Mahd al-Dhahab était active au cours du 10e siècle avant notre ère mais que son exploitation avait cessé pendant une longue période pour ne reprendre qu’à l’époque abbasside16.

Par ailleurs, le commerce n’était semble-t-il pas pratiqué à une grande échelle par les habitants de l’oasis. Certes, contrairement à La Mecque, Yathrib se trouve à proximité des routes commerciales de l’époque, mais leur usage avait déjà commencé à décliner plusieurs siècles avant l’islam. Alessandro de Maigret explique que :

cette route – mieux connue sous le nom de « route caravanière de l’encens » – a été empruntée jusqu’à l’avènement de l’Islam, son usage s’atténuant toutefois à partir du premier siècle de l’ère chrétienne, lorsque la découverte du régime des moussons (par le navigateur grec Hyppalus, semble-t-il) entraîna l’ouverture d’une voie commerciale par la mer Rouge17.

En fin de compte, Yathrib parait avoir été une localité relativement marginale tant démographiquement que par son poids économique et politique dans l’Arabie préislamique.

Un changement curieux de toponyme

À la suite de l’émigration (hijra) du Prophète et de ses Compagnons vers l’oasis, Yathrib perdit son antique nom pour s’appeler désormais al-Madinah, soit littéralement « la ville ». Cependant, ce changement de nom soulève d’importants questionnements. Premièrement, il est assez curieux de renommer une ville pour l’appeler simplement « la ville »18. On peut se demander si, comme le veut la tradition musulmane, le nom de Médine provient effectivement de l’arabe « al-Madinah », ou s’il ne faut pas chercher une autre étymologie. Cette dernière hypothèse nous est suggérée par une chronique syriaque écrite vers 660, où l’auteur narre les premières conquêtes arabo-musulmanes. Nous y lisons ceci :

[…] ainsi que Médine, nommée d’après Madian, le quatrième fils d’Abraham par Qetoura, laquelle est aussi appelée Yathrib […]19

Comme on le voit, l’auteur de la chronique rapproche le nom de Médine avec celui de Madian, qui apparait dans la Bible comme l’un des fils d’Abraham et sa seconde femme Qetoura20. Selon la tradition, sa descendance forma le peuple des Midianites, qui s’établit au nord de la péninsule arabe. Pour l’auteur de l’Apocalypse du Pseudo-Matthieu, qui écrivait au début du 8e siècle, il était clair que les Arabes de son temps, dont il décrit l’avancée foudroyante sur le Proche-Orient, n’étaient autre que ces Midianites21.

Deuxièmement, il existe un certain nombre de récits, à l’intérieur de la tradition islamique, qui banissent l’utilisation du nom de Yathrib. Ahmad ibn Hanbal (m. 855) rapporte ainsi dans ses Musnad un hadîth étrange selon lequel Muhammad aurait déclaré : « Celui qui appelle al-Madinah Yathrib, qu’il en demande pardon à Allâh : c’est Tâbah ! c’est Tâbah ! »22. Ces propos sont d’autant plus curieux que le Coran, comme on l’a vu, cite nommément Yathrib. Par ailleurs, le sens de « Tâbah », répété deux fois dans le hadîth, est loin d’être évident, et les spéculations des exégètes vont bon train. Prémare signale que plusieurs localités portaient un nom très similaire : Tâb, au Bahreïn, ou bien encore Tayba (ou Tayyibah) en Palestine23. Jan Van Reeth y voit une référence au lieu biblique Tôb, qui se trouve près de Bosra, en Syrie24. L’ensemble de ces éléments jette le trouble sur l’emplacement exact de la localité connue sous le nom de Yathrib / Médine, conduisant certains historiens à suggérer une localisation au nord de la péninsule arabe25.

Références


1↑ Richard B. Winder, « al-Madîna », Encyclopedia of Islam, Brill, vol. 5, 1986, p. 994.

2↑ Voir notre article « Aux origines de La Mecque » : https://al-kalam.fr/larabie-preislamique/aux-origines-de-la-mecque/

3↑ Cyril J. Gadd, « The Harran Inscriptions of Nabonidus », Anatolian Studies, vol. 8, pp. 58-59.

4↑ Alfred-Louis de Prémare, Les fondations de l’islam. Entre écriture et histoire, Seuil, 2002, p. 99, n° 36.

5↑ Ibid., p. 99.

6↑ Karl Mlaker, Die Hierodulenlisten von Maʿin: Nebst Untersuchungen zur Altsüdarabischen Rechtsgeschichte und Chronologie, Harrassowitz, 1943, pp. 18, 27.

7↑ Christian J. Robin & Salim Tayran, « Soixante-dix ans avant l’Islam : l’Arabie toute entière dominée par un roi chrétien », Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2012, pp. 525-553.

8↑ Jan Van Reeth, « Commentaire de la sourate 33 », in Mohammad Ali Amir-Moezzi & Guillaume Dye (éds.), Le Coran des historiens, Le Cerf, 2019, vol. 2b, p. 1126.

9↑ Haggai Mazuz, The Religious and Spiritual Life of the Jews of Medina, Brill, 2014, p. 99.

10↑ Ilkka Lindstedt, « Review of Haggai Mazuz, The Religious and Spiritual Life of the Jews of Medina », Finnish Oriental Society, vol. 4, p. 150.

11↑ Robert G. Hoyland, « The Jews of the Hijaz in the Qurʾān and in their inscriptions », in Gabriel Said Reynolds (éd.), New Perspectives on the Qur’an: The Qur’an in its Historical Context 2, Routledge, 2012, p. 111.

12↑ Voir les remarques en ce sens de Gabriel Said Reynolds, « On the Qur’anic Accusation of Scriptural Falsification (tahrîf) and Christian Anti-Jewish Polemic », Journal of the American Oriental Society, vol. 103 (2), p. 201.

13↑ Stephen J. Shoemaker, Creating the Qur’an: A Historical-Critical Study, p. 112.

14↑ Geoffrey R. D. King, « Settlement in Western and Central Arabia and the Gulf in the Sixth-Eighth Centuries A.D. », in Geoffrey R. D. King & Averil Cameron (éds.), The Byzantine and Early Islamic Near East: Land Use and Settlement Patterns, Darwin Press, 1994, p. 187.

15↑ Michael Lecker, « Medina [ancient Yathrib] », Thematic Dictionary of Ancient Arabia, 2023.

16↑ Voir Stephen J. Shoemaker, Creating the Qur’an, op. cit., pp. 100-106.

17↑ Alessandro de Maigret, « La route caravanière de l’encens dans l’Arabie préislamique », Chroniques yéménites, vol. 11, p. 3.

18↑ Cela n’est toutefois pas inédit. En effet, les Romains appelaient la ville de Rome Urbs, « la ville ».

19↑ Stephen J. Shoemaker, A Prophet Has Appeared: The Rise of Islam Through Christian and Jewish Eyes, University of California Press, 2021, p. 133.

20↑ Voir Genèse 25 : 2 et 1 Chroniques 1 : 32.

21↑ Christian J. Bonura, A Prophecy of Empire: The Apocalypse of Pseudo-Methodius from Late Antique Mesopotamia to the Global Medieval Imagination, University of California Press, 2025, passim et notamment p. 24.

22↑ Ibn Hanbal, Musnad, vol. 1, p. 126.

23↑ Alfred-Louis de Prémare, op. cit., p. 102.

24↑ Jan Van Reeth, « L’Hégire et la fin du monde », Oriens Christianus, vol. 100, p. 204.

25↑ Michael Cook & Patricia Crone, Hagarism: The Making of the Islamic World, Cambridge University Press, 1977, p. 24.