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Introduction : Les sources du Coran

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Introduction

Pour prĂšs d’un milliard de fidĂšles, le Coran renferme la parole d’AllĂąh rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  Muhammad. Bien entendu, dĂ©terminer si le Coran provient effectivement de Dieu n’est pas du ressort de l’historien, dont le rĂŽle se limite Ă  retracer l’histoire du texte sans prĂ©juger de ses origines humaines ou surnaturelles. Cependant, l’hypothĂšse d’une origine divine du Coran semble mise en pĂ©ril par certaines dĂ©couvertes des historiens, qui dĂ©montrent que le texte sacrĂ© des musulmans s’inspire de textes et de lĂ©gendes de toutes sortes. Certains pourront objecter que le Coran se dĂ©finit lui-mĂȘme comme un « rappel » (dhikr) des Écritures (la Torah et l’Évangile) et qu’il est donc logique de trouver des similitudes entre ces textes qui ont tous la mĂȘme origine divine. LĂ  oĂč l’affaire se complique, c’est que de nombreux passages du Coran s’inspirent moins de la Bible que des textes postĂ©rieurs Ă©crits sous la plume des auteurs religieux juifs et chrĂ©tiens – le plus souvent, des rabbins et des moines. Autrement dit, il ne s’agit pas des « rĂ©vĂ©lations » prĂ©cĂ©dentes mais de textes faits de main d’homme dont la fonction principale est de commenter et dĂ©velopper les Écritures ou de dĂ©fendre une doctrine particuliĂšre. Il faut reconnaitre qu’à l’époque du Coran, dans un contexte oĂč l’oralitĂ© Ă©tait prĂ©dominante, on ne faisait pas toujours une distinction trĂšs nette entre les saintes Écritures et les traditions postĂ©rieures qui s’agglutinaient tout autour. Cette confusion entre la Bible est les textes et lĂ©gendes postĂ©rieurs se retrouve sans surprise dans le Coran1. Pour ne prendre qu’un seul exemple, au verset 5:32, la voix divine proclame « Nous avons prescrit pour les Enfants d’IsraĂ«l [
] » avant de citer quasiment mot pour mot un extrait de la Mishna, l’un des principaux recueils de commentaires rabbiniques, lĂ  oĂč on s’attendait naturellement Ă  la Torah2.

Le fait que le Coran s’inspire d’écrits et de lĂ©gendes de toutes sortes n’est pas passĂ© inaperçu. DĂ©jĂ  au 12e siĂšcle, l’auteur latin Pierre le VĂ©nĂ©rable notait que le Coran reprenait des « fables juives »3. La remarque de Pierre avait sans aucun doute un arriĂšre-fond polĂ©mique, mais elle n’était pas fausse pour autant. Au 19e siĂšcle, Abraham Geiger publia un ouvrage en allemand intitulĂ© Qu’est-ce que Muhammad a empruntĂ© au judaĂŻsme ? dans lequel il compila les passages du Coran qui Ă©taient « empruntĂ©s » au Talmud et Ă  la littĂ©rature rabbinique en gĂ©nĂ©ral4. La recherche des sources du Coran s’est depuis considĂ©rablement accrue grĂące Ă  la dĂ©couverte et l’édition de nouveaux textes aussi bien juifs que chrĂ©tiens. Il n’est donc plus possible aujourd’hui de postuler que le Coran serait « tombĂ© du ciel » dans un milieu coupĂ© du reste du monde. Bien au contraire, le Coran s’inscrit dans un contexte – celui du Proche-Orient de l’AntiquitĂ© – oĂč circulaient, aussi bien sous une forme orale qu’écrite, toutes sortes de rĂ©cits, lĂ©gendes et traditions dont il conserve de toute Ă©vidence la trace.

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il convient de faire quelques mises au point utiles. Lorsque l’on parle de « sources », il ne faut pas forcĂ©ment s’imaginer que les rĂ©dacteurs du Coran directement consultĂ© ces Ă©crits au prĂ©alable et encore moins qu’ils les avaient sous les yeux au moment de la composition du texte. Cela a trĂšs bien pu se passer ainsi dans un certain nombre de cas, notamment lorsqu’il existe de fortes similitudes littĂ©raires entre les deux textes. Mais la plupart du temps, il parait plus vraisemblable que les rĂ©cits incorporĂ©s dans le texte coranique faisaient dĂ©jĂ  partie de l’environnement qui l’a vu naitre et circulaient probablement sous forme orale. C’est d’ailleurs pourquoi certains historiens prĂ©fĂšrent parler des « sous-textes » du Coran plutĂŽt que de « sources » 5. Il est devenu courant Ă©galement de parler en termes d’intertextualitĂ©, un terme que le thĂ©oricien de la littĂ©rature GĂ©rard Genette dĂ©finit l’intertextualitĂ© comme :

une relation de coprĂ©sence entre deux ou plusieurs textes, c’est-Ă -dire [
] par la prĂ©sence effective d’un texte dans un autre. Sous sa forme la plus explicite et la plus littĂ©rale, c’est la pratique traditionnelle de la citation (avec guillemets, avec ou sans rĂ©fĂ©rence prĂ©cise) ; sous une forme moins explicite et moins canonique, celle du plagiat [
], qui est un emprunt non dĂ©clarĂ©, mais encore littĂ©ral ; sous forme encore moins explicite et moins littĂ©rale, celle de l’allusion, c’est-Ă -dire d’un Ă©noncĂ© dont la pleine intelligence suppose la perception d’un rapport entre lui et un autre auquel renvoie nĂ©cessairement telle ou telle de ses inflexions, autrement non recevable6.

La dĂ©finition de l’intertextualitĂ© comme Ă©tant « la prĂ©sence effective d’un texte dans un autre » s’applique parfaitement au cas du Coran, oĂč l’on a bien affaire Ă  la prĂ©sence de textes de diverses origines (Talmud, Ă©crits syriaques et apocryphes
) dans le texte coranique. Enfin, on ne peut pas parler de « plagiat » pour des textes anciens comme le Coran sans risquer l’anachronisme. Dans son Apologie du plagiat, Anatole France Ă©crit trĂšs justement que « nos littĂ©rateurs contemporains se sont mis dans la tĂȘte qu’une idĂ©e peut appartenir en propre Ă  quelqu’un. On n’imaginait rien de tel autrefois ». En fin de compte, les notions de sources, de sous-textes ou d’intertextualitĂ© peuvent s’employer de maniĂšre interchangeable. Pour des raisons de commoditĂ©, nous prĂ©fĂ©rons parler des « sources » du Coran tout en tenant compte des remarques ci- dessus.

Par ailleurs, parler des sources du Coran ne revient pas Ă  nier son originalitĂ© propre. Les rĂ©dacteurs du Coran, en effet, ne se contentent pas de compiler des Ă©crits existants ; dans de trĂšs nombreux cas, ils les adaptent Ă  leur propre agenda. C’est pourquoi il n’est pas rare de trouver Ă  cĂŽtĂ© des similitudes un certain nombre de diffĂ©rences entre le Coran et ses sources. À vrai dire, lorsqu’un auteur s’inspire d’une Ɠuvre qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©,  il est peu banal qu’il le fasse sans la remodeler un tant soit peu. Pour citer Ă  nouveau Anatole France, « donner une forme nouvelle Ă  une vieille idĂ©e, c’est tout l’art, et c’est la seule crĂ©ation possible de l’humanitĂ© ». Par exemple, il est bien connu que Tolkien, l’auteur de la trilogie Le Seigneur des anneaux, s’était inspirĂ© de la mythologie scandinave7. Pourtant, nul ne peut prĂ©tendre que son Ɠuvre soit une rĂ©plique exacte des Ă©crits nordiques – bien au contraire, Tolkien a repris, transformĂ© et a donnĂ© « une forme nouvelle » Ă  des rĂ©cits antĂ©rieurs. Cela vaut naturellement pour Tolkien comme pour le Coran ou n’importe quelle littĂ©rature.

Les textes rabbiniques

La premiĂšre catĂ©gorie concerne les textes composĂ©s et transmis par les rabbins durant l’AntiquitĂ© qui forment un vaste corpus qu’on appelle la littĂ©rature rabbinique. Cette littĂ©rature a pris son essor Ă  partir de la destruction du Temple de JĂ©rusalem en 70, qui avait engendrĂ© chez les juifs de l’époque le besoin de former une nouvelle identitĂ©, laquelle dĂ©bouchera Ă  son tour sur le judaĂŻsme rabbinique8. La rĂ©daction des textes qui composent la littĂ©rature rabbinique s’étend grosso modo de la fin du 1er siĂšcle jusqu’au dĂ©but du 7e siĂšcle9. On peut classer ces diffĂ©rents textes en deux groupes : la halakha, qui forme le recueil de la loi juive (c’est un peu l’équivalent des Codes civil et pĂ©nal chez les juifs), et la haggadah, un commentaire de la Torah. Certains de ces textes sont d’une importance capitale pour la question des sources du Coran et mĂ©ritent qu’on s’y arrĂȘte plus en dĂ©tail.

La Mishna

La Mishna (ŚžŚ©Ś Ś”) est le principal recueil de la loi orale juive dont la rĂ©daction finale est situĂ©e au dĂ©but du 3e siĂšcle10. Son nom provient du verbe chana, « rĂ©pĂ©ter », car les rabbins devaient l’apprendre par cƓur en la rĂ©pĂ©tant. Elle regroupe toutes sortes de lois sur des sujets divers et variĂ©s comme les sacrifices, les dĂ©lits, le mariage, etc. Un point Ă  noter est que le droit mishnaĂŻque n’émane pas de la Bible : bien au contraire, « la Mishna donne en rĂšgle gĂ©nĂ©rale l’impression d’un effort dĂ©libĂ©rĂ© d’ĂȘtre indĂ©pendante vis-Ă -vis de la Bible »11.

De façon intĂ©ressante, le Coran semble faire une rĂ©fĂ©rence explicite Ă  la Mishna. On peut lire dans le passage suivant : « Nous t’avons donnĂ© les sept mathĂąnĂź et le trĂšs grand Coran » (15:87). Le terme mathĂąnĂź est laissĂ© volontairement en arabe car sa signification n’est pas trĂšs claire. Les commentateurs musulmans le font dĂ©river de la racine th-n-y, qui signifie « rĂ©pĂ©ter ». S’ils ont raison, il faudrait lire « les sept rĂ©pĂ©tĂ©s », ce qui pourrait faire rĂ©fĂ©rence aux sept versets de la sourate al-Fatiha. Mais cette interprĂ©tation pose au moins deux difficultĂ©s. D’une part, il existe un dĂ©saccord chez les savants musulmans concernant l’inclusion de la basmala dans la premiĂšre sourate. Si la basmala ne fait pas partie de la sourate, celle-ci ne compterait plus que six versets au lieu de sept, ce qui rend l’interprĂ©tation caduc. D’autre part, le passage citĂ© distingue trĂšs clairement les mathĂąnĂź d’un cĂŽtĂ©, et le Coran de l’autre. On voit donc mal comment il pourrait s’agir d’une partie du Coran lui-mĂȘme. Certains chercheurs ont donc formulĂ© l’hypothĂšse que l’arabe mathĂąnĂź serait une imitation de l’hĂ©breu mishna qui, on l’a vu, renvoie effectivement Ă  l’idĂ©e de rĂ©pĂ©tition. Anne-Sylvie Boisliveau soutient que le verset parlait Ă  l’origine de la Mishna des juifs « pour donner aux rĂ©citations coraniques une connotation de mystĂšre et d’Écriture hĂ©braĂŻque », mais que le sens aurait Ă©tĂ© « dissimulĂ© » une fois qu’on s’était rendu compte qu’il ne s’agissait pas d’une Écriture rĂ©vĂ©lĂ©e12.

Le Midrash

Le terme midrash (pluriel : midrashim) dĂ©rive du verbe darash (ځړ Ö·ÖžÖŒŚšÖ·ÖžÖŒ Ś©), qui signifie « interroger » ou « examiner ». Le Midrash est un recueil de commentaires de la Torah trĂšs hĂ©tĂ©roclites dont la rĂ©daction s’étale du 3e au 13e siĂšcle. Comme une partie des midrashim ont Ă©tĂ© composĂ©s aprĂšs le Coran, il convient de les Ă©liminer. Reste alors GenĂšse Rabbah, un commentaire de la GenĂšse Ă©crit dans la premiĂšre moitiĂ© du 5e siĂšcle13. Le cas du Pirqe de Rabbi Eliezer est plus compliquĂ©. Certains passages du texte font clairement allusion Ă  l’islam, ce qui signifie que sa rĂ©daction finale se situe forcĂ©ment aprĂšs le Coran. Mais les spĂ©cialistes reconnaissent aussi que de certains rĂ©cits Ă  l’intĂ©rieur du Pirqe sont beaucoup plus anciens et ont mĂȘme pu influencer Coran14.

Le Talmud

Le Talmud constitue l’une des bases principales du judaĂŻsme rabbinique. C’est Ă  la fois un code juridique (reprenant la Mishna) et un commentaire de la Torah. Bien qu’on emploie le singulier par abus de langage, il existe en rĂ©alitĂ© deux Talmuds : celui de JĂ©rusalem et celui de Babylone. Les deux versions sont assez similaires mĂȘme si la seconde est plus Ă©laborĂ©e. Holger Zellentin souligne qu’en rĂšgle gĂ©nĂ©rale, le Coran a davantage d’affinitĂ©s avec le Talmud de JĂ©rusalem15. Celui-ci Ă©tait usitĂ© par les juifs de Palestine et faisait donc partie de l’environnement – au sens large – dans lequel le Coran a Ă©mergĂ©. Le consensus des spĂ©cialistes situe la rĂ©daction finale du Talmud de JĂ©rusalem au 5e siĂšcle et celle du Talmud de Babylone environ un siĂšcle plus tard16.

Dans tous les cas, il est certain que les deux Talmuds ont Ă©tĂ© composĂ©s avant les conquĂȘtes arabes (donc avant la clĂŽture du Coran). Monika Amsler note en effet que :

le Talmud ne contient pas de mots ou de tournures syntaxiques empruntĂ©s Ă  l’arabe. On devrait trouver de tels emprunts dans un texte qui aurait connu les derniĂšres Ă©tapes de sa transmission orale aprĂšs la conquĂȘte arabe, ou au moins dans les notes ajoutĂ©es par les rĂ©dacteurs finaux. L’arabe en tant que nouvelle lingua franca avait Ă©tĂ© largement adoptĂ© [
]. Les textes rĂ©digĂ©s par les sages rabbiniques post-talmudiques (Geonim) Ă©taient exclusivement Ă©crits en arabe au huitiĂšme siĂšcle17.

Alors que le Talmud ne contient aucune trace d’influence de l’arabe, on trouve dans le Coran de nombreux termes empruntĂ©s Ă  l’hĂ©breu18, ce qui indique clairement que c’est le Coran qui s’inspire du Talmud et non l’inverse. Dans certains cas, le texte coranique reprend une terminologie spĂ©cifiquement talmudique. Par exemple, le terme arabe ahbĂąr, qui dĂ©signe les dignitaires juifs dans le Coran (voir par exemple 5:44) provient de l’hĂ©breu hbrym qui est utilisĂ© dans le mĂȘme sens spĂ©cifiquement dans la littĂ©rature rabbinique19. D’autre part, le Coran prend parfois position contre des passages que l’on trouve dans la littĂ©rature rabbinique. Le rĂ©cit coranique oĂč l’enfant JĂ©sus parle dans le berceau pour dĂ©fendre la vertu de sa mĂšre (3:46) est une rĂ©ponse Ă  l’accusation talmudique d’aprĂšs laquelle Marie aurait conçu JĂ©sus avec un soldat romain (TraitĂ© SanhĂ©drin 43a). Ceci prouve clairement l’antĂ©rioritĂ© du Talmud par rapport au Coran. Enfin, si le Talmud Ă©tait postĂ©rieur au Coran, on s’attendrait Ă  y trouver des rĂ©fĂ©rences Ă  l’islam ou aux conquĂȘtes arabes, comme c’est le cas dans les textes juifs produits aux 7e et 8e siĂšcles (par exemple, le Pirqe de rabbi Elizer ou Les secrets de Rabbi Simon ben Yohai).

Le Talmud est Ă©troitement liĂ© au concept de Torah orale, ce qui a pu conduire certains Ă  expliquer les similitudes avec le Coran par une source commune d’origine divine. Le judaĂŻsme rabbinique professe en effet qu’au Mont SinaĂŻ, Dieu donna Ă  MoĂŻse non seulement la Torah Ă©crite, mais Ă©galement un enseignement oral. Celui-ci aurait Ă©tĂ© transmis de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration par les savants juifs de maniĂšre orale avant d’ĂȘtre couchĂ© par Ă©crit pour former le corpus talmudique. Cette croyance s’est greffĂ©e tardivement au judaĂŻsme, aux alentours du 1er siĂšcle de notre Ăšre – soit plus de mille ans aprĂšs la pĂ©riode oĂč est censĂ©e avoir vĂ©cu MoĂŻse20. Son dĂ©veloppement coĂŻncide avec une pĂ©riode oĂč le judaĂŻsme Ă©tait traversĂ© par des luttes importantes entre diffĂ©rents courants juifs (rabbinisme, samaritanisme
) se faisaient face. Elle apparait ainsi comme l’instrument de lĂ©gitimation du mouvement rabbinique. Comme le souligne Monika Amsler, la Torah orale « est clairement une invention rabbinique »21. L’objectif des rabbins dans leur compĂ©tition avec les autres Ă©tait d’asseoir leur lĂ©gitimitĂ© par la figure de MoĂŻse en attribuant Ă  celui-ci des propos et des enseignements qui leur Ă©tait propres22. Le but Ă©tait Ă©galement pour les juifs de se diffĂ©rencier des chrĂ©tiens, avec lesquels ils avaient dĂ©jĂ  en commun la Torah Ă©crite23. L’idĂ©e d’une Torah orale n’a pas toujours fait l’unanimitĂ© chez les juifs, mĂȘme Ă  ses dĂ©buts24. Les juifs karaĂŻtes, par exemple, en rejetaient le principe et considĂ©raient d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale les textes rabbiniques « comme une fraude pieuse [
] servant Ă  lĂ©gitimiser de façon Ă  peine voilĂ©e le privilĂšge des rabbins »25.

Il est donc pour le moins pĂ©rilleux de justifier les similitudes entre le Coran et le Talmud en recourant au concept de Torah orale26. De plus, ceci entre en contradiction avec le Coran lui-mĂȘme, qui mentionne la rĂ©vĂ©lation faite Ă  MoĂŻse ou aux juifs comme un livre (kitĂąb) et jamais comme un enseignement oral : « Certes, Nous avons donnĂ© Ă  MoĂŻse le livre » (2:87) ; « Et Nous avons donnĂ© Ă  MoĂŻse le livre » (17:1) ; un autre passage souligne que les dignitaires juifs « rendaient la justice conformĂ©ment au Livre de Dieu, dont la garde leur Ă©tait confiĂ©e » (5:44). LĂ  encore, il est question d’un kitĂąb (au singulier), non d’un enseignement oral donnĂ© Ă  MoĂŻse.

Les textes talmudiques sont le produit de siĂšcles d’enseignements, de rĂ©flexions et de spĂ©culations des savants juifs. En tant que tel, il contient de nombreuses contradictions, qui reflĂštent les Ă©volutions et les dĂ©bats Ă  l’intĂ©rieur du judaĂŻsme. De nombreux passages du Talmud peuvent sembler Ă©tranges ou mĂȘme carrĂ©ment « bizarres ». Ainsi, les Sages du Talmud nous enseignent que Dieu Ă©tudie la Torah aux cĂŽtĂ©s des rabbins (Gittin 6b). Ailleurs, on peut lire le rĂ©cit improbable d’une dispute entre un rabbin et une riviĂšre (Chullin 7a). En matiĂšre de juridiction, les Sages ont souvent des discussions trĂšs poussĂ©es sur des situations invraisemblables. Dans un passage, ils se demandent par exemple quels types d’indemnitĂ©s devrait verser un homme qui pĂ©nĂštre accidentellement une femme en chutant d’un toit (Yevamot 54a). Le Talmud est Ă©galement un livre folklorique, dans le sens oĂč il comporte toutes sortes de lĂ©gendes et de mythes. Cependant, ces lĂ©gendes n’ont jamais Ă©tĂ© vues par leurs auteurs comme des faits historiques. Louis Ginzberg explique que les rabbins « utilisaient des lĂ©gendes Ă  des fins didactiques, et leur principal objectif Ă©tait de crĂ©er un lien Ă©troit entre l’Écriture et les crĂ©ations de l’imaginaire populaire »27. L’ennui, comme nous le verrons, c’est que le Coran reprend Ă  son tour certaines de ces lĂ©gendes et les prĂ©sente comme des faits qui se sont rĂ©ellement dĂ©roulĂ©s.

Les livres apocryphes et pseudépigraphiques

Outre les textes rabbiniques, le Coran s’inspire Ă©galement des livres apocryphes de la Bible. Le terme provient de l’adjectif grec apocryphon, qui signifie « cachĂ© », « secret ». Il dĂ©signe des textes considĂ©rĂ©s par l’Église comme « hĂ©rĂ©tiques » et contenant de faux enseignements. À ce titre, ils ont Ă©tĂ© Ă©cartĂ©s des livres reconnus comme inspirĂ©s, qui forment ce qu’on appelle le « canon biblique ». Les apocryphes ont Ă©tĂ© composĂ©s par leurs auteurs pour dĂ©fendre un point de vue thĂ©ologique, ou encore pour fournir des informations que ne donnait pas le texte biblique. Muriel DebiĂ© prĂ©cise en outre que les apocryphes sont « largement an-historiques et lĂ©gendaires, Ă  la diffĂ©rence du texte biblique »28. Cela signifie que le Coran s’inspire d’écrits purement fictifs et de fables. Soulignons en outre que malgrĂ© les condamnations de l’Église, les textes apocryphes avaient connu dans l’AntiquitĂ© une diffusion assez large, « et leurs thĂšmes se trouvaient intĂ©grĂ©s Ă  la culture religieuse ambiante, aussi bien dans les milieux chrĂ©tiens que juifs »29. On notera Ă©galement que les apocryphes circulaient dans les milieux gnostiques et manichĂ©ens, dont certains ont pu ĂȘtre proches de la communautĂ© coranique30.

Les pseudépigraphes

On appelle « pseudĂ©pigraphe » un texte faussement attribuĂ© Ă  un auteur qui ne l’a pas Ă©crit. Dans l’antiquitĂ©, la pratique Ă©tait courante chez les scribes de faire remonter la paternitĂ© d’un texte Ă  quelqu’un d’autre. GĂ©nĂ©ralement, il s’agit d’un personnage prestigieux (un philosophe, un prophĂšte
) dont on usurpe le nom. En d’autres termes, les pseudĂ©pigraphes sont des « Ɠuvres de faussaires »31. Kent Clarke a rĂ©pertoriĂ© douze motivations qui poussaient les faussaires Ă  agir de la sorte, parmi lesquelles : obtenir des gains financiers, exprimer sa propre conviction en l’attribuant Ă  une figure plus importante afin de lui donner une certaine autoritĂ©, faire appel Ă  la rĂ©putation d’un personnage important pour accroĂźtre le prestige et la crĂ©dibilitĂ© d’un enseignement ou d’une doctrine, invoquer une figure du passĂ© pour justifier les besoins du moment, etc32. Prenons un exemple concret qui montre comment certains auteurs fabriquaient des faux pour servir des intĂ©rĂȘts personnels. L’épisode se situe Ă  l’époque du calife MarwĂąn II (744-750) : Cyriaque, un Ă©vĂȘque syrien, lorgnait avec intĂ©rĂȘt le siĂšge Ă©piscopal de Tur ‘Abdin (dans la Turquie actuelle), non loin de Harran, alors capitale du califat. Pour parvenir Ă  ses fins, il avait Ă©crit un livre auquel il donna le titre d’Apocalypse d’HĂ©noch. Le livre contenait des prĂ©dictions attribuĂ©es Ă  HĂ©noch (l’arriĂšre-grand-pĂšre de NoĂ©), considĂ©rĂ© comme un prophĂšte par les chrĂ©tiens comme les musulmans. L’une de ces prĂ©dictions concernait directement le calife, puisqu’elle affirmait que son fils rĂšgnerait aprĂšs lui, alors qu’ils venaient tous les deux de subir une importante dĂ©faite. L’évĂȘque remit le livre au devin du calife, et proposa d’en devenir l’interprĂšte. Tout cela lui servait en fait de prĂ©texte pour demander au calife de le nommer Ă©vĂȘque de Tur ‘Abdin, au motif qu’il serait ainsi plus proche de lui. La manƓuvre Ă©tait bien tentĂ©e, mais la prĂ©diction s’avĂ©ra fausse : le calife sera renversĂ© quelques annĂ©es plus tard, signant la fin de la dynastie omeyyade, Cyriaque n’obtiendra jamais son siĂšge, et le livre finira par tomber dans l’oubli33.

Si l’Apocalypse d’HĂ©noch fut un Ă©chec cuisant, on ne peut pas en dire autant de nombreux autres Ă©crits pseudĂ©pigraphes. On a vu fleurir dans l’AntiquitĂ© toutes sortes de livres attribuĂ©s aux prophĂštes : l’Apocalypse d’Abraham, le Testament d’Abraham, le livre d’Énoch, le Testament de Moise, le livre des JubilĂ©es (attribuĂ© Ă  MoĂŻse), le Testament des Douze Patriarches, l’Ascension d’IsaĂŻe, la Vie d’Adam et Eve, etc. Le phĂ©nomĂšne Ă©tait dĂ©jĂ  connu (et dĂ©noncĂ©) par les auteurs anciens. Dans ses Lettres festales, Athanase (m. 373) dĂ©plorait ainsi que « les hĂ©rĂ©tiques [
] Ă©crivent ces livres quand ils le souhaitent, puis leur donnent une date, afin de les faire passer pour anciens et trouver la maniĂšre de tromper les gens simples ». En dĂ©pit lĂ  encore des condamnations, les pseudĂ©pigraphes Ă©taient parvenus Ă  se faire une place parmi les livres religieux qui circulaient chez les juifs et les chrĂ©tiens34. Les pseudĂ©pigraphes sont loin d’ĂȘtre Ă©trangers au Coran. En effet, il a Ă©tĂ© dĂ©montrĂ© que le texte coranique fait des « renvois explicites » vers certains Ă©crits pseudĂ©pigraphiques, et reprend Ă  son compte des traditions qui en sont issues35. LĂ  encore, ces « emprunts » sont lourds de sens, car ils signifient que le Coran s’inspire de textes Ă©crits par des faussaires qui falsifiaient la parole des prophĂštes pour servir des intĂ©rĂȘts thĂ©ologiques et/ou politiques divers.

Les Évangiles apocryphes

Parmi les sources du Coran, on trouve Ă©galement les Ă©vangiles apocryphes. En effet, une grande partie des rĂ©cits coraniques sur JĂ©sus et Marie sont tirĂ©s de ces textes. On peut citer l’épisode bien connu oĂč JĂ©sus fait miraculeusement vivre des oiseaux modelĂ©s avec de l’argile (3:49) – Ă©pisode qui ne se trouve pas dans les textes canoniques, mais dans les apocryphes. La question qui se pose est donc de savoir si ces apocryphes contiennent des rĂ©cits authentiques sur la vie de JĂ©sus, ou s’il s’agit de simples fictions. La majoritĂ© des historiens penchent clairement vers la seconde option. La rĂ©daction des quatre Évangiles canoniques s’étale grosso modo entre 70 et 100 selon les estimations36, et la source Q contenant des paroles de JĂ©sus a probablement Ă©tĂ© Ă©crite vingt ans aprĂšs sa mort37. À l’inverse, la plupart des apocryphes ont Ă©tĂ© Ă©crits plusieurs siĂšcles aprĂšs les faits qu’ils sont supposĂ©s rapporter, ce qui jette d’emblĂ©e un doute sur leur historicitĂ©. De plus, les traditions qu’ils contiennent sont essentiellement « le fruit des imaginations pieuses et dĂ©bridĂ©es de certains chrĂ©tiens »38, prĂ©cise John Meier, auteur d’une monumentale Ă©tude sur le JĂ©sus historique. Il faut souligner qu’une bonne partie des Ă©vangiles apocryphes portent sur l’enfance de JĂ©sus, au sujet de laquelle les textes canoniques ne disent quasiment rien. Ainsi, le but des auteurs des apocryphes Ă©tait de combler ces « silences », en crĂ©ant des « rĂ©cits hautement fictifs »39. Il n’est pas Ă  exclure que certains apocryphes reposent sur des traditions relativement anciennes, mais d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, « il n’y a rien dans ces apocryphes qui puisse servir de source Ă  notre recherche du JĂ©sus historique »40. Une fois de plus, donc, le Coran s’inspire de lĂ©gendes inventĂ©es par des auteurs chrĂ©tiens de l’AntiquitĂ©.

Les sources syriaques

Le syriaque est un dialecte de l’aramĂ©en dans la ville d’Édesse au premier siĂšcle avant votre Ăšre. C’était encore jusqu’au 13e siĂšcle la langue la plus rĂ©pandue dans les chrĂ©tientĂ©s orientales41. Les auteurs chrĂ©tiens ont laissĂ© derriĂšre eux une abondante littĂ©rature religieuse en syriaque : homĂ©lies, commentaires, poĂ©sie, traitĂ©s thĂ©ologiques, etc. Parmi les auteurs syriaques les plus connus, on citera Éphrem de Nisibe (m. 373), NarsaĂŻ (m. 502) ou encore Jacques de Saroug (m.524). Leurs Ă©crits avaient connu un large succĂšs dans l’Orient chrĂ©tien jusqu’à trouver des Ă©chos dans le Coran. Nous les recroiserons rĂ©guliĂšrement au fil de nos articles.

L’influence du syriaque sur le Coran n’est plus Ă  dĂ©montrer, aussi bien du point de vue de la langue que des idĂ©es religieuses. Cette influence avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© remarquĂ©e au 20e siĂšcle par le savant danois Tor Andrae, qui avait comparĂ© certains passages du Coran avec les Ă©crits d’Éphrem, que nous venons de mentionner42. Depuis, l’état de notre documentation en syriaque s’est notablement enrichie, ce qui a permis de dĂ©couvrir de nouvelles sources. Parmi les chercheurs qui se sont penchĂ©s sur la question plus rĂ©cemment, on mentionnera Emran El-Badawi qui a mis en lumiĂšre le fait que les traditions Ă©vangĂ©liques dans le Coran remontent aux versions syriaques des Évangiles43. De son cĂŽtĂ©, Joseph Witztum, a passĂ© en revue dans son Ă©tude intitulĂ©e The Syriac Milieu of the Quran quelques-unes des sources syriaques du Coran dans les rĂ©cits sur Joseph, Abel et CaĂŻn et IsmaĂ«l44. Julien Decharneux a quant Ă  lui mis en Ă©vidence la continuitĂ© entre les thĂ©ologiens syriaques et le texte coranique par rapport aux doctrines sur la crĂ©ation et la cosmologie45.

Les autres sources

En dehors des Ă©crits juifs et chrĂ©tiens que nous avons mentionnĂ©s jusqu’à maintenant, d’autres textes, parfois extĂ©rieurs Ă  la tradition judĂ©o-chrĂ©tienne, ont exercĂ© une influence sur le texte coranique. S’agissant des lĂ©gendes, il est bien connu que le rĂ©cit des « gens de la caverne » (18:9-26) s’inspire de l’histoire des sept dormants d’ÉphĂšse46. L’influence perse dans le Coran se limite Ă  quelques cas : le thĂšme des mĂ©tĂ©ores chasseurs de dĂ©mons, issus de la mythologie mazdĂ©enne47 ; les deux anges HĂąrĂ»t et MĂąrĂ»t48 et les houris du paradis49. Dans un registre diffĂ©rent, certaines lois coraniques s’inspirent des corpus juridiques proche-orientaux50. Il faut Ă©galement mentionner le substrat arabe prĂ©islamique, mieux connu aujourd’hui grĂące aux inscriptions et Ă  la poĂ©sie anciennes51. Enfin, le Coran n’est pas Ă©tranger Ă  la GrĂšce Antique : dans son livre Le Coran et la culture grecque, qui lui a valu quelques ennuis dans son pays, l’écrivain sĂ©nĂ©galais Oumar SankharĂ© montre en effet que certains passages du Coran prĂ©sentent des similitudes avec la mythologie et la philosophie grecques52.

Références

1↑ Nicolai Sinai, Key Terms of the Qur’an: A Critical Dictionary, Princeton University Press, p. 105.

2↑ Michael Pregill, « The Two Sons of Adam : Rabbinic Resonances and Scriptural Virtuosity in Surat al Ma’idah », Journal of the International Qur’anic Studies Association, vol. 6 (1), 2021, pp. 167-224.

3↑ Irven Resnick, « Peter the Venerable on the Talmud, the Jews, and Islam », Medieval Encounters, vol. 24 (5-6), 2018, p. 525.

4↑ Abraham Geiger, Was hat Mohammed Aus Dem Judenthume Aufgenommen, Bonn : Gedruckt auf kosten des verfassers bei F. Baaden, 1833. L’ouvrage est traduit en anglaise sous le titre Judaism and Islam. A prize essay, Ktav Publishing House, 1970.

5↑ Voir par exemple Gabriel S. Reynolds, The Qur’an and Its Biblical Subtext, Londres : Routledge, 2010.

6↑ GĂ©rard Genette, Palimpsestes. La littĂ©rature au second degrĂ©, Paris : Seuil, 1982, p. 2.

7↑ Voir Rudolf Simek, La terre du milieu. Tolkien et la mythologie germano-scandinave, PassĂ©s composĂ©s, 2019.

8↑ Hermann L. Strack & GĂŒnter Stemberg, Introduction to the Talmud and Midrash, T. & T. Clark, 1991, p. 2 sqq.

9↑ Michal Bar-Asher Siegal, « Rabbinic Literature », in Naomi Koltun-Fromm & Gwynn Kessler (eds.), A Companion to Late Ancient Jews ond Judaism: Third Century BCE To Seventh Century CE, John Wiley & Sons, 2020, p. 87.

10↑ Ibid, p. 109.

11↑ Hermann L. Strack & GĂŒnter Stemberg, op. cit., p. 128.

12↑ Anne-Sylvie Boisliveau, Le Coran par lui-mĂȘme : Vocabulaire et argumentation du discours coranique autorĂ©fĂ©rentiel, Brill, 2014, p. 91.

13↑ Hermann L. Strack & GĂŒnter Stemberg, op. cit., p. 279.

14↑ Voir par exemple Nicolai Sinai, « Pharaoh’s submission to God in the Qur’an and in rabbinic literature », in Holger Zellentin (ed.), The Qur’an’s Reformation of Judaism and Christianity, Londres : Routledge, 2019, pp. 235-61.

15↑ Holger Zelletin, « Q8 Q5:32 », in Mehdi Azaiez et al. (eds.), The Qur’an Seminar Commentary / Le Qur’an Seminar: A Collaborative Study of 50 Qur’anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques, De Gruyter, 2017, p. 110.

16↑ Hermann L. Strack & GĂŒnter Stemberg, op. cit., pp. 93, 171 ; Charlotte Elisheva Fonrobert & Martin S. Jaffee (ed.), The Cambridge Companion to the Talmud and Rabbinic Literature, Cambridge University Press, 2007, xvi ; Michal Bar-Asher Siegal, art. cit., pp. 98-101 ; Jacob Neusner, « Defining Judaism », in Jacob Neusner & Alan J. Avery-Peck (eds.), The Blackwell Companion to Judaism, John Wiley & Sons, 2003, p. 17.

17↑ Monika Amsler, The Babylonian Talmud and Late Antique Book Culture, Cambridge University Press, 2023, p. 122.

18↑ Voir l’ouvrage classique d’Arthur Jeffery, The Foreign Vocabulary of the Qur’an, Baroda, 1938, ch. 6.

19↑ Holger Zellentin, « Aáž„bār and Ruhbān: Religious Leaders in the Qurʟān in Dialogue with Christian and Jewish Literature », in Angelika Neuwirth & Michael Sell (eds.), Qurʟānic Studies Today, Routledge, 2016, p. 267.

20↑ Martin S. Jaffee, Torah in the Mouth. Writing and Oral Tradition in Palestinian Judaism, 200 BCE – 400 CE ?, Oxford University Press, 2001, p. 7.

21↑ Monika Amsler, op. cit., p. 57.

22↑ Steven D. Fraade, From Tradition to Commentary. Torah and Its Interpretation in the Midrash Sifre to Deuteronomy, State University of New York Press, 1991, p. 71.

23↑ Guenter Stemberger, « The Formation of Rabbinic Jusaism, 70–640 ce », in Jacob Neusner & Alan J. Avery-Peck (eds.), op. cit., p. 8.

24↑ Cana Werman, « Oral Torah vs. Written Torah(s): Competing Claims to Authority », in Steven Fraade et al. (eds.), Rabbinic Perspectives: Rabbinic Literature and the Dead Sea Scrolls, Brill, 2007, pp. 175-97.

25↑ Martin S. Jaffee, « Oral Tradition in the Writings of Rabbinic Oral Torah: On Theorizing Rabbinic Orality », Oral Tradition, vol. 14 (1), 1999, p. 11.

26↑ Le savant andalou Ibn Hazm (m. 1064) l’avait d’ailleurs bien remarquĂ©, accusant les rabbins d’avoir inventĂ© le Talmud afin de crĂ©er une nouvelle religion. Voir Daniel BouĆĄek, « “Half of the Burden of a Mule”: The Mishnah and the Talmud in Medieval Muslim Literature », in Jiƙí Blazek et al. (eds.), Ć alom. Pocta Bedƙichu Noskovi k sedmdesĂĄtĂœm narozeninĂĄm, L. Marek, 2012, p. 287.

27↑ Louis Ginzberg, The Legend of the Jews, Jewish Publication Society of America, 1913, vol. 1, p. xx ; voir aussi Chaim Milikowsky, « Midrash as Fiction and Midrash as History : What did the Rabbis Mean? », in Jo-Ann & al. (eds), Ancient Fiction : The Matrix of Early Christian and Jewish Narrative, Society of Biblical Literature, 2005, pp. 117-27.

28↑ Muriel DebiĂ©, « Les apocryphes et l’histoire », in Françoise Briquel Chatonnet & Muriel DebiĂ© (eds.), Sur les pas des AramĂ©ens chrĂ©tiens. MĂ©langes en l’honneur d’Alain Desreumaux, Paris : Geuthner, 2010, p. 66.

29↑ GeneviĂšve Gobillot, « Apocryphes de l’Ancien et du Nouveau testament », in Mohammad Ali Amir-Moezzi (ed.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, 2007, p. 57.

30↑ Kevin J. Coyle, Manichaeism and Its Legacy, Leiden : Brill, 2009, p. 123 ; Prosper Alfaric, Les Ă©critures manichĂ©ennes 2, Paris : Nourry, 1919, p. 169.

31↑ David Hamidović, « Les Ă©crits apocryphes juifs et le Coran », in Mohammad Ali Amir-Moezzi & Guillaume Dye (eds.), Histoire du Coran, Paris : Le Cerf, 2022, p. 510.

32↑ Kent D. Clarke, « The Problem of Pseudonymity in Biblical Literature and Its Implications for Canon Formation », in Lee Martin McDonald & James A. Sanders (eds.), The Canon Debate, Baker Academic, 2001, pp. 448-49.

33↑ Muriel DebiĂ©, art. cit., pp. 69-70.

34↑ Annette Reed, « Pseudepigraphy, Authorship and the Reception of ‘the Bible’ in Late Antiquity », in Lorenzo DiTommaso & Lucian Turcescu (eds.), The Reception and Interpretation of the Bible in Late Antiquity: Proceedings of the MontrĂ©al Colloquium in Honour of Charles Kannengiesser, Leiden : Brill, 2008, pp. 470-72.

35↑ GeneviĂšve Gobillot, art. cit., pp. 58-59 ; Tommaso Tesei, « Echoes of Pseudepigrapha in the Qur’an », in Carlos Segovia (ed.), Remapping Emergent Islam, Amsterdam University Press, pp. 203-20.

36↑ Matthew Larsen, « The Publication of the Synoptics and the Problem of Dating », in Stephen P. Ahearne-Kroll (ed.), The Oxford Handbook of the Synoptic Gospels, Oxford University Press, 2023, p. 184.

37↑ La « source Q » dĂ©signe un Ă©crit contenant des paroles attribuĂ©es Ă  JĂ©sus, qui aurait servi de source commune aux rĂ©dacteurs des Évangiles de Marc, Matthieu et Luc.

38↑ John P. Meier, Un certain juif : JĂ©sus, Le Cerf, 2005, vol. 1, p. 74.

39↑ Paul Foster, The Apocryphal Gospels: A Very Short Introduction, Oxford University Press, 2009, p. 84.

40↑ John P. Meier, op. cit., p. 82.

41↑ Voir notre article « Le monde syriaque ».

42↑ Tor Andrae, Les origines de l’islam et le christianisme, traduit de l’allemand par Jules Roches, Paris : Adrien-Maisonneuve, 1955, pp. 145-201.

43↑ Emran El-Badawi, The Qur’an and the Aramaic Gospel Traditions, Londres : Routledge, 2016.

44↑ Joseph Witztum, The Syriac Milieu of the Quran, Princeton University, 2011.

45↑ Julien Decharneux, Creation and Contemplation: The cosmology of the Qur’ān and Its Late Antique Background, De Gruyter, 2023.

46↑ Sydney Griffith, « Christian lore and the Arabic Qur’an » in Gabriel S. Reynolds (ed.), The Quran in its Historical Context, Routledge, 2008, pp. 109-39 ; David Sidersky, Les origines des lĂ©gendes musulmanes dans le Coran et dans les vies des prophĂštes, Paris : Paul Geuthner, 1933, p. 154.

47↑ Voir notre article « La guerre des Ă©toiles ».

48↑ Patricia Crone, The Qurʟānic Pagans and Related Matters, Leiden : Brill, 2016, pp. 194-96. Le passage en question est probablement une addition ultĂ©rieure rajoutĂ©e au Coran durant la conquĂȘte arabe de la Perse. Voir Nicolai Sinai, « The Christian Elephant in the Meccan Room: Dye, Tesei, and Shoemaker on the Date of the Qurʟān », Journal of International Qur’anic Studies Association, vol. 9, 2024, p. 23, n°76.

49↑ Arthur Jeffery, op. cit., pp. 119-20.

50↑ David S. Powers, « Le Coran et son environnement lĂ©gal », in Mohammad Ali Amir-Moezzi, Le Coran, op. cit., vol. 1, 99, p. 613-62.

51↑ Voir par exemple Nicolai Sinai, « Religious Poetry from the Quranic Milieu: Umayya b. AbÄ« l-áčąalt on the Fate of the ThamĆ«d », Bulletin of the School of Oriental and African Studies, vol. 74 (3), 2011, pp. 397-416.

52↑ Oumar SankharĂ©, Le Coran et la culture grecque, L’Harmattan, 2014. Sur l’influence grecque dans le Coran, voir Ă©galement Michel Cuypers & GeneviĂšve Gobillot, IdĂ©es reçues sur le Coran entre tradition islamique et lecture moderne, Le Cavalier Bleu, 2014, pp. 71-76.